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RUPPERT PUPKIN « Je liquide »

(05/01/2024 – Choke prod. / Inouïe Distribution)

L’emprunt de son nom à un personnage campé par De Niro témoigne de la proximité d’Emmanuelle Destremau aka Ruppert Pupkin avec le cinéma. Comédienne, scénariste, réalisatrice, elle a signé deux albums anglophones depuis 2015, mais celui de 2019 est un hybride entre musique et photo. Il faut donc un grand angle pour embrasser l’ensemble du tableau brossé par son travail artistique multiforme. Elle revient avec un nouveau disque où la nécessité d’écrire et de chanter parfois en français s’est naturellement imposée. Avec raison si l’on en juge entre autres par le premier single S’adonnent à la danse. Roadtrip à l’intérieur d’une mémoire intime ou collective, Je liquide est par essence et par volonté insaisissable, empruntant ici à l’electro ou la cold wave, là au rock et à la chanson, jusqu’à réussir les exercices toujours périlleux de la chorale de mômes (All the Roads) ou de la ballade piano voix (Ils savent). Une ode à la liberté de tout dire et de tout incarner. Ambigüe. Multiple. Liquide.

MANU LOUIS « Copy Club »

(29/09/2023 – Igloo Records / Socadisc)

Le Belgo-Berlinois imagine un monde Flou où chacun se verrait remplacé peu à peu par son Clone (1er single entêtant), où tout deviendrait tellement uniformisé que le seul îlot de résistance serait un vieux magasin de photocopies, car incapable de reproduire un original sans le changer. Lorsque Economy (autre single orienté dancefloor foutraque) et Ecology n’incitent qu’à s’enfuir, où se réfugier ? Avec ses quelques invités passant de l’Anglais au Français suivi d’une touche d’Espagnol, et recyclant sans vergogne chanson française, indie-pop, ou electro avant-gardiste, l’ex-Funk Sinatra propose au moins un petit moment d’échappatoire fort bienvenu, arty mais accessible, expérimental mais dansant.

TRUNKS « We Dust »

(13/10/2023 – Il Monstro / L’Autre Distribution)

Un casting de choix : à la batterie Régïs Boulard (NO&RD, Sons of the Desert), à la guitare Stéphane Fromentin (Yes Basketball, Ladylike Lily), à la guitare également et au chant Florian Marzano (We Only Said), au saxophone Daniel Paboeuf (Marquis de Sade, DPU) et à la basse et au chant Laetitia Shériff. Formé en 2003 pour l’anniversaire du Jardin Moderne avec des musiciens rennais qui y répétaient, ce “supergroupe” aurait du être éphémère si la magie et l’amitié réunissant ses membres ne les avaient poussés à tourner et sortir des disques durant une dizaine d’années. Mais rien depuis 2013, chacun ayant fort à faire. L’envie était pourtant toujours là et s’entend dès le premier single Les belles choses, cette force pour traverser les épreuves de la vie parce qu’on a la chance d’être ensemble. Servis par la réalisation de Thomas Poli, avec quelques instrus riches (O.B.O…), des montées en puissance impressionnantes (Blood on Poppies, Edgeways), et des créations purement collectives où chacun apporte sa touche (Memotrunks), cet album rappelle combien le rock au sens large, et justement, a encore bien des choses à dire, surtout lorsqu’il vient d’une de ses capitales. 

BRUIT NOIR « IV/III »

(15/09/2023 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Le nouveau Bruit Noir est encore pire donc encore mieux que les deux premiers. Voire que les trois premiers, mais ça on ne saura jamais car ils sont directement passés à l’album « IV/III ». Comme si Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pirès voulaient d’entrée de jeu écarter l’idée de « dernier album » après s’être échappés de Mendelson. Des punchlines un cran au-dessus des rappeurs quitte à les prendre dans leur propre tronche (« Daniel [Darc] c’était une cathédrale, toi t’es qu’un putain d’Algeco » – Béatrice), eux qui se sentent « vieux-vieux-vieux » (Coup d’état), un climax qui s’appelle Tourette, l’envie de choquer certes mais aussi dans le bon sens du terme (édifiant Le visiteur), des instrus abrasifs où vient s’écorcher le fakir Bouaziz… Et plus il s’agite, plus il se fait mal et nous fait du bien, dans la méchanceté (ArtistesChanteur engagéCalme ta joie) ou dans une certaine émotion (Petit PrinceCommuniste), mais crue, à vif, sans le moindre couvercle du sur-moi sur ce moteur à plein régime de fiel, de tendresse et de mauvaise foi. « C’est parti pour l’album de trop » (et tant mieux).

GONTARD « 2032 »

(21/04/2023 – Petrol Chips / Inouïe Distribution)

Après son dernier album Akene qui nous renvoyait dans la parenthèse presque insouciante du tournant 75/85, le valentinois donne comme prévu une suite à son uchronie 2029. Un avenir où deux sociétés distinctes se mettent en place : d’une part le régime officiel géré par la nouvelle noblesse et ses droïdes, d’autre part la Communauté du Nord, zone tolérée, constituée d’agriculteurs, scientifiques, poètes, garçons et filles de joie. Voici le nouvel épisode du western social où Gontard et le narrateur-miroir Akène Guetno nous entrainent dans leur parcours, ambiance corde et potence (Ce qui restera de nous), Ballades mélancoliques (Juste quelques flocons qui tombent, Allonsanfan…) et remises à jour 2.0(32) du rocksteady (Seul le croque-mort a pleuré) ou de sonorités et ambiances un peu indiennes / un peu hippies (La nuit disparue, Krishna 2032). Horizon musical élargi donc, mais toujours au service du propos, journalisme social et critique d’un monde d’après, où restera l’espoir de faire Reset